Design et Illustration
Le design
Le design est une discipline visant à représenter concrètement, une pensée, un concept ou une intention en tenant compte éventuellement d’une ou des contraintes fonctionnelles, structurelles, esthétiques, didactiques, symboliques, techniques et productives. Ces représentations peuvent être tangibles ou virtuelles.
Étymologie et évolution
À la Renaissance, disegno (en italien) est l’un des concepts majeurs de la théorie de l’art. Il signifie à la fois dessin et projet. Au XVIIe siècle en France, les théoriciens de l’art le traduisent par dessein et conservent le double sens (l’idée et sa représentation).
En 1712, Shaftesbury introduit dans la théorie anglaise de l’art le concept de design fidèle au sens de disegno. Ainsi, nous avons drawing pour le dessin en tant que tracé et design signifiant l’idée et sa représentation, le projet et son graphisme.
Néanmoins, ce double sens de design va se disjoindre rapidement pour suivre les théories de l’art dominantes de l’époque. Car c’est en 1750 en France que la distinction apparaît pour donner deux champs sémantiques distincts, celui du dessin (la pratique) et du dessein (l’idée) marquant une rupture fondamentale qui n’est pas sans rappeler la dualité matière/esprit de Descartes. À l’Académie royale de peinture et de sculpture, on enseigne désormais les arts du dessin et non plus du dessein.
C’est seulement au début du XXe siècle, alors en plein essor de l’industrialisation, que l’on assiste à l’émergence internationale du terme design dans le sens de disegno, c’est-à-dire, la conception et la mise en forme. Cette définition moderne se concrétise dans le travail effectué au Bauhaus.
Aussi, le design est souvent confondu avec le stylisme d’objet lorsque l’exercice consiste à embellir un objet dans le but de séduire des consommateurs. D’ailleurs, en 1994, le ministre de la Culture français Jacques Toubon présente un projet de loi pour remplacer l’anglicisme design par stylique, provoquant par là même l’incrédulité et les moqueries de la presse française, notamment Le Nouvel Observateur. La loi Toubon sera fortement édulcorée dans son application, par le Conseil constitutionnel et cette disposition concernant le mot design, caduque.
Sollicité par le marketing depuis les années 2000, ce mot est peu à peu devenu un argument publicitaire. Design a pris un sens d’adjectif qualificatif signifiant un style aux formes simples et une apparence épurée. ex : une lampe design. Il succède ainsi au style rustique des années 1990.
Des définitions multiples
Il n’existe pas de définition unique du design. Son sens varie selon les époques, les cultures et les individus. C’est cette complexité qui le caractérise. En dehors des interprétations variées selon les cultures, le design peut se concevoir soit comme un art appliqué (exécution créative), soit comme une discipline autonome (dans la pratique et la théorie).
Pour les Anglo-Saxons, le design est davantage une conception, une idée, une intention ou un projet. En français, c’est une recherche d’harmonie entre les formes et les fonctions de l’objet. En Italie et en Allemagne, le design est nettement plus stratégique puisque l’industrie et l’artisanat de qualité en ont fait leurs credo pour valoriser leurs productions.
Naissance du design
Dans un contexte d’une industrie émergente à partir de 1850, Michael Thonet développe un procédé de fabrication révolutionnaire, le cintrage de bois laminé, courbé sous pression à vapeur. Sa chaise « nº 14 » devient une référence, vendue à quarante millions d´exemplaires entre les années 1859 et 1914.
En 1888, Arts & Crafts naît de l’association du critique d’art John Ruskin et de l’écrivain, peintre, décorateur et théoricien William Morris. Morris et ses amis veulent créer des formes nouvelles en accord avec la fonction des objets et prônent paradoxalement le retour au Moyen Âge et aux formes inspirées par la nature. Ils souhaitent rapprocher le concepteur et le destinataire du produit par la mise en place d’ateliers car ils dénoncent le côté aliénant et inhumain de l’industrie. William Morris défend le bel ouvrage et le travail artisanal du compagnonnage et l’oppose au produit industriel de qualité médiocre. Bien que très contesté, William Morris apparaît encore comme une figure fondatrice du design.
Dès 1902, Peter Behrens réalise le premier design industriel global pour AEG : l’usine des turbines, des objets électriques, le logo, etc. En 1911, Josef Hoffmann achève le palais Stoclet, fabuleuse villa urbaine conçue comme une œuvre d’art totale pour le compte d’un financier belge. Charles Rennie Mackintosh et Frank Lloyd Wright, à la même époque, posent les bases des lignes épurées et simplifiées qui vont devenir le synonyme de « design », en construisant villas et mobilier pour la bourgeoisie américaine ou écossaise avide de nouveautés.
Modernisme conservation Dans son livre 100 ans de design, Penny Sparke crée cet oxymore à propos de ces grands artistes de l’entre-deux-guerres, certes producteurs de lignes épurées et adeptes du modernisme, mais qui ne sont pas, pas plus hier qu’aujourd’hui, considérés comme des designers. Ce qui les rassemblent ? Ils créent des pièces uniques mariant des matériaux modernes et matières luxueuses traditionnelles, pour une clientèle richissime.
Citons parmi ces modernistes conservatifs largement célébrés lors de l’Exposition des Arts Décoratifs, les décorateurs-ensembliers français Jacques-Émile Ruhlmann et Jean Dunand, ce dernier surtout célèbre pour ses laques, ou Eileen Gray, Anglaise active essentiellement à Paris. Ailleurs, l’Autrichien Josef Frank ou l’Américaine Sylvie Maugham font, dans leurs pays respectifs, envie aux classes moyennes qui voient dans les premiers magazines de décoration, leurs réalisations.
Le fonctionnalisme
Le fonctionnalisme est une doctrine esthétique qui peut se résumer par la célèbre expression de Louis Sullivan, « la forme suit la fonction ». Né à la fin du XIXe siècle, il engendre l’école de Chicago, puis le Deutscher Werkbund, les Wiener Werkstätte ainsi que le Bauhaus. Pour Louis Sullivan, le fonctionnalisme est le résultat d’une observation et d’une compréhension des processus évolutionnistes de la nature. Chaque forme à une nécessité, il n’y a pas de superflu dans la nature bien qu’elle soit « séduisante ».
Bien que le concept fonctionnaliste paraisse très simple, il y a eu beaucoup de divergence sur les interprétations et en particulier sur la définition de la fonction. C’est ainsi que rationalistes (« la fonction, c’est ce qui est utile ») et expressionnistes (« les émotions sont aussi une fonction ») se revendiquent également fonctionnalistes.
Le fonctionnalisme domine le design moderne jusqu’à sa remise en cause par certains post-modernes à partir de 1968.
Le Bauhaus et les années 1920
En 1919, Walter Gropius, dans le Manifeste du Bauhaus, annonce le but de ce mouvement en ces termes : « Le but final de toute activité plastique est la construction ! […] Architectes, sculpteurs, peintres ; nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu’il n’y a pas d’art professionnel. Il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan. […] Voulons, concevons et créons ensemble la nouvelle construction de l’avenir, qui embrassera tout en une seule forme : architecture, art plastique et peinture […] » Le Bauhaus a été une formidable pépinière de talents et un extraordinaire outil de la promotion d’un modernisme « progressiste » qui, contrairement au modernisme conservatif, n’hésite pas à mettre les mains dans le camboui de la production de masse.
Citons, parmi les designers de premiers plans qui relèvent ou se réclament de ce mouvement moderniste, Ludwig Mies van der Rohe, Marianne Brandt, Marcel Breuer, Le Corbusier et Charlotte Perriand, le néerlandais Gerrit Rietveld, auteur d’une célébrissime chaise cubiste. Les régimes totalitaires (rappelons que l’un des premiers gestes des nazis une fois arrivés au pouvoir, est de fermer le Bauhaus) ne sont pas antithétique avec le design : Giuseppe Terragni pour l’Italie, Lazar Markovich Lissitzky et Alexandre Rodtchenko pour la Russie, illustrent le versant « social » du design : offrir des beaux objets au plus grand nombre de consommateurs possibles.
Plus au nord, la Scandinavie fait preuve d’un extraordinaire regain de créativité illustré par Alvar Aalto en Finlande et Bruno Mathsson ou Wilhelm Kage en Norvège.
Grande crise et années 1930
Avec les années 1930, la créativité et la théorisation du design traversent l’Atlantique. Raymond Loewy écrit « la laideur se vend mal » et propose de donner une valeur esthétique et symbolique forte aux objets manufacturés pour relancer l’économie. Outre la Cadillac, la bouteille pour Coca-Cola, il dessine aussi le paquet de cigarettes des Lucky Strike et fait apparaître la marque déposée et le logo publicitaire sur les deux faces du paquet. La marque sera identifiable sur tous les paquets jetés dans la rue.
Loewy n’est pas isolé, Walter Dorwin Teague, Wells Coates, Russel Wright ou Henry Dreyfuss représentent cette créativité américaine qui s’affirme et à laquelle l’industrie du pays offre de larges débouchés.
La foire internationale de New York ouvre ses portes en avril 1939 pour célébrer la confiance regagnée après des années de crise, les designers américains sont à l’honneur dans cette exposition universelle qui accueille - avec un sens du temps malheureux - « le monde de demain ». Lorsqu’elle ferme ses portes la Seconde Guerre mondiale a éclaté et les efforts des designers pour rendre le monde un peu plus beau, un peu meilleur, sont relégués au second plan.
Après-guerre et design organique
La période d’après-guerre que Penny Sparke appelle le néomodernisme présente une large adoption par les designers des deux bords de l’Atlantique de formes fluides, rondes, souples et qui vaut au design d’être qualifié d’« organique ».
Alvar Aalto instaure dans ses réalisations de mobilier le procédé du lamellé collé de bois déjà utilisé dans l’architecture depuis le début du XXème. Au niveau des matériaux, le tube d’acier, omniprésent dans le design des années 1930, se voit remplacé par les plastiques. De Scandinavie viennent aussi Arne Jacobsen et sa fameuse chaise Fourmi ou son fauteuil Œuf, Eero Saarinen et sa chaise Tulipe alors que les formes totalement organiques du terminal TBWA de l’aéroport international John-F.-Kennedy (1956-1962) séduisent le public. Le céramiste et verrier Kaj Franck, l’ébeniste Hans Wegner, le touche-à-tout Tapio Wirkkala complètent la série de l’éclosion artistique scandinave.
Parmi les designers de cette époque phare - les fifties américaines battent leur plein - mentionnons les Américains Charles et Ray Eames ou George Nelson. Eliot Noyes, actif auprès d’IBM, donne une forme organique et sympathique aux machines à écrire produites pour la bureautique - on lui doit aussi le pavillon IBM lors de l’Expo 1964 à New York.
les Italiens Gio Ponti, Carlo Molino, Marcello Nizzoli accompagnent le boom de l’industrie italienne de l’après-guerre et créent les icônes de La Dolce Vita : vespa, machine à expresso, belles carosseries, etc. On doit à Flaminio Bertoni les lignes des Citroën depuis la Traction Avant en passant par la 2CV jusqu’à la DS.
En Allemagne, la tradition artistique issue du Bauhaus renait avec la Hochschule für Gestaltung Ulm. Parmi les designers allemands de cette période, citons Hans Gugelot, Dieter Rams prend la direction artistique des produits Braun GmbH.
Au Royaume-Uni, Ernest Race crée un style « moderne », l’équivalent pour le design du New Look de Christian Dior, immédiatement repris dans toute l’Europe. Robin Day et sa femme Lucienne, nous ont laissé des textiles au style fifties immédiatement reconnaissables. Douglas Scott dessine le bus rouge à impériale, devenu depuis l’une des icônes anglaises.
Le Japon, autres puissances industrielles de cette époque, ne nous ont pas laissé de designer de premier plan mais le design, anonyme, produit par les équipes de sociétés comme Sony témoigne d’un fort professionnalisme dans ce pays.
Discipline et Sous-disciplines du design
* Le designer se caractérise de l’artisan par le fait qu’il n’est pas spécialiste d’une matière (bois, métal, plastique, etc), du technicien par le fait qu’il n’est pas spécialiste d’une technique et de l’ingénieur par le fait qu’il traverse les domaines du savoir de façon transversale. En cela, on peut le rapprocher du chef d’orchestre ou du réalisateur au cinéma.
* Le design se conçoit comme une navigation permanente entre l’unité et le global, entre la pensée (dessein) et la pratique (dessin). En cela, on peut rapprocher cette démarche de celle de la pensée complexe et de la systémique.
* Le design ne consiste pas à accumuler des savoirs mais plutôt à créer, par la compréhension, des liens logiques entre des choses (flux, concepts, images, symboles, etc.)
Bien que le design soit par essence non-spécialisé et couvrant des domaines très variés, une tendance à la séparation en sous-disciplines s’est faite progressivement en raison :
* du paradigme occidentale actuel fondée sur la disjonction (au XVIIe siècle) et la spécialisation ensuite (XIXe siècle) pour servir une volonté de maîtrise.
* de la réalité professionnelle en entreprise qui exige davantage une spécialisation par domaine. D’où, une tendance pour les écoles professionnalisantes de sectoriser leurs formations.
* d’une tendance à une définition de « design » anglo-saxon pour des métiers déjà existants : scénographie se nomme de plus en plus design d’espace. Essentiellement, pour des raisons de valorisation. Game design est préféré pour les même raisons à infographie. Ce dernier point n’est pas valable pour le Canada francophone, où la tendance aux anglicismes est combattue âprement par l’élite intellectuelle et artistique, grande créatrice et consommatrice de design.
* d’une certaine confusion : initialement, il y a une distinction entre le design graphique (pratiqué par un designer pour servir un design global) et le graphisme, une discipline autonome qui possède sa propre histoire remontant au première trace de l’homme dans les grottes de Lascaux.
* et des nouveaux terrains du design nécessitant de nouvelles formulations : design culinaire, motion design, parametric design, etc.
Les séparations se font par :
* finalité typologique : design d’espace, design produit, motion design, design graphique, design sonore, web design, design transport. Ce sont les sous-disciplines classiques fondées sur la spécialisation, et l’acquisition de savoir et d’outils propres à chaque domaines. La finalité de ces sous-disciplines est essentiellement de l’exécution.
* mode d’action, d’intention ou de processus : design industriel, Design écologique, durable, Design pédagogique, Design interactif & numérique, Design stratégique, parametric design, design de recherche, design d’auteur. Fondés davantage sur un positionnement et une stratégie de création. Les compétences sont centrées davantage sur la réflexion que sur les acquis.
Le design et l’architecture
La frontière peut paraitre floue entre design et architecture : Le Corbusier, Eero Saarinen n’ont pas dédaigné dessiner des meubles, Philippe Starck a dessiné plusieurs maisons et immeubles. En réalité, cette différence n’est pas dans la finalité typologique mais dans le processus de création.
Le design en tant que l’un des arts appliqués se définit comme une activité créative s’exerçant en aval d’un projet d’architecture pour concevoir l’aménagement de l’espace domestique. Les zones fonctionnelles sont prédéfinies par l’architecte : cuisine, salon, chambre, etc., et le designer s’adapte.
Le design en tant que discipline autonome (depuis 1968) consiste à penser le quotidien, à œuvrer pour un épanouissement de chacun, dans un mouvement crescendo de l’individu jusqu’aux formes urbaines.
Le design et le marketing
Selon certaines théories, le design est une démarche stratégique opposée à celle du marketing. Elle ne tient pas compte des panels de consommateurs et des cibles potentielles. Le design s’adresse à tous en privilégiant le sens et l’évidence de la production d’objets ou de services.
Dans la réalité, le design est très largement lié au marketing dont il peut exploiter les données.
Le design et la technique
Le Design à la particularité d’utiliser la technique à des fins non-technicistes. Le but n’étant pas d’améliorer la technique pour elle-même, mais pour le progrès humain.
L’illustration
Une illustration est une représentation graphique ou picturale servant à décrire ou accompagner par l’image un récit, un roman, une poésie, ou à appuyer un texte informatif (scientifique, ou journalistique). Elle a aussi une fonction publicitaire (affiches, couverture de magazines).
Formes
L’illustration, réalisée par un dessinateur-illustrateur, artiste, graveur ou photographe, recouvre une grande variété de domaines :
* l’illustration littéraire : romans, nouvelles, récits, couvertures de livres, littérature pour la jeunesse ;
* l’illustration documentaire et technique : dictionnaires, encyclopédies, ouvrages thématiques et de vulgarisation, modes d’emploi…
* l’illustration de presse : illustrations d’articles, dessin d’humour…
* l’illustration publicitaire et commerciale : annonces de presse, affiches, conditionnements (boîtes et emballages), etc., les cartes postales…
Cette liste n’est pas limitative et les frontières entre ces diverses catégories ne sont pas nettes et fluctuent. Sauf exceptions, l’illustration se distingue de l’œuvre d’art en ce qu’elle accompagne un texte, et qu’elle est reproduite à de multiples exemplaires par les procédés de l’imprimerie ou de l’estampe. Mais une œuvre d’art originale est fréquemment utilisée comme illustration. L’original d’une illustration peut souvent être considéré comme œuvre d’art indépendamment du contexte de sa réalisation.
Origines
L’origine de l’illustration se confond avec les premières représentations figurées, les enluminures réalisées au Moyen Âge et à la Renaissance peuvent être considérées comme les premiers exemples de cet art en Occident et au Proche-Orient. Parmi les enluminures remarquables, figurent celles illustrant Les Très Riches Heures du duc de Berry.
En Extrême-Orient, et plus particulièrement en Chine, en Corée et au Japon, les estampes ont une fonction similaire, mais plus généralement dans l’art pictural de ces pays, la peinture contenait toujours un bref texte poétique jusqu’au XIXe siècle.
Du XVe au XVIIIe siècle
Le XVe siècle voit l’invention de l’imprimerie, les livres sont illustrés de gravures sur bois. Lors des siècles suivants, les techniques de gravure évoluent, passant du bois au cuivre (taille-douce, eau-forte) et, à la fin du XVIIIe siècle, à la lithographie. Les planches gravées de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert sont un exemple d’illustrations de cette pèriode.
Début du XIXe siècle
Au début du XIXe siècle la diffusion des journaux et des almanachs, et la popularité des nouvelles et feuilletons qui y sont publiés, voit se développer l’illustration de presse. Des figures notables de cette nouvelle discipline sont Hablot K. Browne et en France, Honoré Daumier. Dans le domaine de l’édition, les ouvrages encyclopédiques généralisent son usage.
L’âge d’or de l’illustration
La seconde moitié du XIXe siècle est considérée comme l’âge d’or de l’illustration en Europe et aux États-Unis. Le développement de l’édition grand public et l’apparition des magazines accentuent la diffusion des illustrations. La technique de la gravure sur bois debout, avec des graveurs virtuoses, permet de rendre dans le moindre détail le travail des dessinateurs. L’invention de nouvelles techniques d’impression (notamment la photogravure) libère les illustrateurs qui emploient de nouvelles techniques et réalisent les premières illustrations occidentales en couleurs.
En France cette discipline est élevée au rang d’art par Paul Gavarni, J.J. Grandville, et surtout Gustave Doré dont les illustration des Fables de La Fontaine, les Contes de Perrault, ou le Don Quichotte de Miguel de Cervantes font date. Ses illustrations sombres de la pauvreté, dans le Londres des années 1860, furent des exemples marquants de commentaire social dans l’art. L’édition emploie massivement l’illustration grâce à la technique de la gravure sur bois de bout, pratiquée par des graveurs virtuoses, sans qui aucun simple illustrateur n’aurait pu être publié. L’exemple le plus représentatif est sans doute celui des éditions Hetzel, qui publient entre autres les romans de Jules Verne. Cette technique permet d’imprimer les illustrations en même temps que le texte, et à des tirages élevés, aucontraire des autres techniques (taille-douce, lithographie) qui obligeaient à une impression séparée et donc à des illustrations hors-texte. La plupart de ces graveurs, chargés de reproduire les originaux des dessinateurs, étaient souvent eux-même des illustrateurs : François Pannemaker, Édouard Riou, Léon Benett, et bien d’autres. Quelques grands peintres comme Édouard Manet et Edgar Degas s’essayent aussi à illustrer des poésie d’Edgar Poe ou des nouvelles de Guy de Maupassant.
La fin du siècle généralise l’affiche publicitaire en couleurs grâce à la technique de la lithographie, Jules Chéret, Eugène Grasset, Mucha et Toulouse-Lautrec inventent l’affiche moderne.
Aux États-Unis cet âge d’or se situe des années 1880 à 1914. Arthur Burdett Frost et Howard Pyle, fondateur de l’école de la Brandywine Valley, accèdent à la célébrité en illustrant des ouvrages destinés à la jeunesse et ont une influence sur l’œuvre de N.C. Wyeth (son élève) et Norman Rockwell.
En Grande-Bretagne, les illustrations de John Tenniel impriment fortement l’imaginaire collectif des lecteurs de Lewis Carroll. Arthur Rackham, Edmund Dulac sont représentatifs de l’influence des préraphaélites sur l’illustration britannique, par contraste Beatrix Potter illustre ses propres contes dans un style naturaliste mettant en scène des animaux habillés à la mode victorienne. D’autres illustrateurs comme Aubrey Beardsley, influencé par le japonisme, adoptent un style épuré en noir et blanc à la manière des Nabis.
De 1914 à 1945
Un mouvement est initié en Amérique latine par Santiago Martinez Delgado tandis qu’il était étudiant d’art à Chicago, il travaille dans les années 1930 pour le magazine Esquire, et plus tard en Colombie pour le magazine Vida. Disciple de Frank Lloyd Wright ses illustrations sont influencées par le style art-déco.
Dans les années 30 l’influence de l’expressionisme se fait sentir dans le travail de l’illustrateur indépendant britannique Arthur Wragg. Il stylise des formes obtenues par la technique du pochoir telle qu’elle était employée dans les affiches de propagande.
Aux États-Unis la presse magazine impose les noms de J.C. Leyendecker, James Montgomery Flagg, et Norman Rockwell dont les couvertures pour le Saturday Evening Post dépeignent la vie de l’américain moyen.
De 1945 à nos jours
Durant la seconde moitié du XXe siècle, la presse magazine abandonne peu à peu l’illustration dessinée au profit de la photographie. Mais les illustrateurs restent actifs dans les domaines de la publicité, de l’édition pour la jeunesse et de l’édition scientifique et dans les journaux où se développe le dessin de presse, généralement du dessin d’humour à forte charge politique et sociale (Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo, Siné Hebdo). De grandes individualités se détachent, exerçant dans différents domaines comme le dessin de presse, l’illustration littéraire, la littérature jeunesse, comme Ralph Steadman, Tomi Ungerer, Daniel Maja,Roland Topor… Des éditeurs d’art ont fait appel à des grands peintres comme Matisse, Moretti, ou Pablo Picasso qui a par exemple illustré Les Métamorphoses d’Ovide pour l’éditeur Skira. L’illustration vit essentiellement dans la presse et la communication, suivant des modes liées aux courants picturaux, mais les précédant parfois. En France, dans les années 1970, dans la presse, les jeunes graphistes du groupe Bazooka imposent un style agressif et novateur, fait de collages, inspiré des constructivistes russes aussi bien que de la bande dessinée, jouant de la photographie et de la typographie. Les années 1980 voient au travers de la redécouverte de Norman Rockwell une tendance hyperréaliste, utilisant largement la reproduction et l’interprétation de montages de photographies et l’usage de l’aérographe, avant que celui-ci ne soit supplanté par l’informatique.
Dans les années 1980-90, les médias audiovisuels tels que la télévision utilisent parfois les services d’illustrateurs, qui au moyen d’une tablette graphique caricaturent ou illustrent les thèmes traités, en direct. Ce type d’illustration nécessitant de grandes qualité d’improvisation et de vitesse de dessin, est parfois également utilisé lors de symposiums, congrès, séminaires ou manifestations de ce type.
Depuis la fin du XXe siècle, les techniques traditionnelles continuent à être enseignées et utilisées (écoles de beaux-arts, arts appliqués, ou art graphique…). Le nombre de publications illustré (livres de jeunesse, magazines, livres d’enseignement, encyclopédies…) continue de croitre. L’illustration multimédia et l’infographie permises par le développement de l’outil informatique deviennent également de plus en plus présentes. Ainsi les grandes encyclopédies-papier existent-elles aussi maintenant en version multimédia (CD-Rom + liens internet), utilisant toujours l’image, le dessin et les reproductions photographiques, mais aussi le son, les images de synthèse, les animations, les vidéos… pour illustrer les propos. L’illustration dessinée reprend en popularité dans les magazines spécialisés (informatique, avec Hebdogiciel, féminine, etc.) et explose dans le nombre grandissant de magazines et livres pour la jeunesse.
Le secteur du livre d’art reste une catégorie où l’illustration joue son rôle traditionnel.
via Wikipedia pour le design et l’illustration